Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 22:36

 

soyaux-vitres.jpgCe matin, je suis allé voir in situ un exemple de la violence de notre société.

La scène se passe à Soyaux, au cœur de la Charente, dans un quartier marqué par de profonds travaux de Rénovation Urbaine. Durant ce dernier week-end, quatre classes de l’école Jean Monnet ont été totalement saccagées. De la peinture partout sur les sols et les murs, plus de 40 vitres défoncées à coup de marteau, du matériel de toute sorte et du mobilier détruit… comme une tornade sur cette école primaire.

Les coupables sont connus, ils ont avoué. Il s’agit d’enfants : deux gamins de 8 et 11 ans !

 A l’âge où d’autres jouent aux billes ou à « chat perché », ces deux là ont défoncé une école au point que les travaux rendront les classes inutilisables jusqu’à la Toussaint !

Comme le précise Cyril Vidalie, vice-procureur d'Angoulême à Charente Libre: « Le plus jeune a fait l'objet d'un placement immédiat dans une structure éducative du département", le second, âgé de 11 ans, "déjà placé dans une famille d'accueil et qui rendait visite à sa famille biologique à Soyaux a vu ses droits de visite suspendus".Rien ne dit aujourd’hui que ces deux enfants aient été seuls pour leur triste besogne. Les dégâts sont tels que l’on imagine facilement la présence d’autres coupables. Pour autant, quoiqu’il en soit, que peut-on dire de cet évènement tragique ?

Drame social dans une zone difficile ? Sans doute. Drame du désœuvrement ? Sûrement aussi. Pourtant, on ne peut rester à ces explications. Pour moi, c’est le drame de notre société qui est en scène ici. Le drame d’une société qui ne sait plus transmettre de valeurs. Le drame d’une société où l’autorité parentale a éclaté en morceaux. Le drame d’une école qui ne suffit plus à donner un cadre tant la sphère familiale semble éclatée et fragilisée.

Il ne s’agit en aucun cas de faire ici le procès des enseignants. Au contraire, ce cas tragique devrait d’abord nous inciter à les remercier d’être encore présents et de faire au mieux. J’ai pu voir leur ardeur à reconstruire, leurs attentions pour épargner aux enfants un spectacle morbide.

 

Ces deux jeunes sont les produits de décennies de confusion. Lorsque viendra le temps de cibler les responsabilités, il faudra aller au-delà des personnes.

De quoi ce drame est-il le nom ?

A quoi ces images nous renvoient elles ?

Comment peut-on proposer des pistes pour reconstruire ?

 Lorsque l’on écoute les propositions actuelles des candidats aux primaires socialistes, on mesure comme un décalage. L’un parle de création de postes, l’autre de revoir les rythmes des journées, le troisième de repenser le métier d’enseignant. Pour sa part, Ségolène Royal propose la présence d’un deuxième adulte dans la classe.

Sûrement y a-t-il de bonnes choses dans toutes ces pistes. Mais qui peut les trouver à la hauteur du problème ?

A droite, Luc Chatel est parti en Finlande trouver des idées pour revoir la journée, proposer de nouveaux fonctionnements, envisager plus d’autonomie pour les enseignants. Le jour de la rentrée, il a signé une circulaire pour réintroduire la morale en primaire en engageant les enseignants à présenter et expliquer des maximes aux enfants.

Sûrement y a-t-il de bonnes choses dans toutes ces pistes. Mais qui peut les trouver à la hauteur du problème ?

 

soyaux.jpgPour ce qui me concerne, le drame de Soyaux nous place face à une double crise.

L’école saccagée de Soyaux c’est l’image de la crise de la famille. Une crise de l’autorité parentale après des décennies où l’on a refusé de dire aux parents qu’ils étaient les premiers éducateurs de leurs enfants. On se retrouve aujourd’hui avec des parents qui n’ont pas le sens de leur responsabilité et qui abdique devant leurs enfants.

Plus profondément, c’est une crise de valeurs. Le signe d’une société qui a oublié que pour conjuguer la liberté et la paix, il faut veiller à garder des valeurs communes. Si l’on ne partage aucune règle, si l’on a rien de commun sinon de vivre au même endroit, alors tout est permis.

L’école saccagée de Soyaux c’est l’image d’une société qui ne sait plus transmettre. C’est aussi l’échec d’une lente transformation de l’école qui se trouve chargée de tout construire seule, au prix parfois de ne plus pouvoir assurer ses vraies missions.

 

Pour avancer aujourd’hui, nous ne pourrons pas rester sur un traitement de l’aval. L’encadrement militaire que proposent les écoles Défense Deuxième Chance produit de vrais résultats positifs … mais cela n’est qu’une mesure réparatoire pour des volontaires.

 

Il est donc urgent de mettre en place des politiques en amont.

La première responsabilité politique pour un élu c'est celle de l'humilité devant l'immensité de la tâche. Mais il faut aussi agir. Les élus locaux utilisent tous les outils à leur disposition. Leur action doit être saluée. Mais il faut, au niveau national, faire bouger les lignes. Je vois trois pistes nécessaires :

  1. créer dans chaque département des écoles des parents qui visent à reconstruire l’autorité parentale ;
  2. dire clairement que l’éducation relève des parents et l’instruction de l’école, par exemple en remplaçant le Ministre de l’Education Nationale par un Ministre de l’Instruction Publique, quitte à multiplier par ailleurs les formules d'encadrement militaire (au fond il faudrait un nouveau service national) ;
  3. réformer l’école sur les seules priorités qui vaillent : lire, apprendre et compter en permettant aux enseignants de tourner le dos aux logiques occupationnelles, aux pédagogies destructrices au profit de méthodes classiques (récitation, apprentissage syllabique de la lecture, réhabilitation de l’histoire de France pour que nous partagions tous une même culture…).

 

Aujourd’hui la communauté éducative de Soyaux est sous le choc. Les murs de l’école vont être rénovés. Un vrai élan de solidarité a permis de mettre du baume au cœur à ceux qui rassemblent leurs forces pour reconstruire. Chacun d’entre eux doit être remercié car ils font vivre l’espoir.

Mais il faut aussi espérer que la campagne présidentielle nous permettra de débattre de solutions qui touchent au cœur de la crise que nous traversons.

Vu la tournure prise par la pré-campagne, on peut légitimement craindre que ce ne soit pas le cas…

Partager cet article

Repost 0
Published by Vincent YOU - dans Angoulême
commenter cet article

commentaires